Construction en bois : ce que nous enseignent les « ZADistes » du Mormont

Éluder la solution bois constitue un gaspillage de ressources que nous devons impérativement préserver pour les générations futures.
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01.12.2020

Les « ZADistes » (ZAD Zone à Défendre) occupent illégalement mais pacifiquement Le Mormont, une colline historique du canton de Vaud qui va être rasée afin de permettre à une cimenterie de prélever le calcaire nécessaire à la fabrication de ciment. Entre autres messages, les « ZADistes » demandent de réduire notre consommation en général, mais en particulier des ressources non-renouvelables, et de favoriser l’utilisation du bois. Leur discours est-il justifié ?

La prise de conscience collective actuelle de l’urgence de la situation liée au réchauffement climatique nous oblige à tenir compte de l’émission des gaz à effet de serre dans l’ensemble de nos activités, ainsi que de l’énergie grise nécessaire à la fabrication des objets qui nous entourent. Les différents secteurs de l’économie avancent avec plus ou moins d’efficacité et de bonne volonté dans cette direction. Un domaine dans lequel le développement devrait être plus rapide et significatif est celui de la construction, en particulier celui de l’utilisation de ressources à faible impact environnemental telles que le bois, d’origine régionale, si possible de Suisse.

Comment justifier la sous-exploitation systématique du bois des forêts suisses ?

Les forêts suisses présentent une sous-exploitation importante depuis plusieurs décennies (1). Cette situation s’explique par différents facteurs. Le trop faible prix du bois au départ de la forêt mis en concurrence avec des bois étrangers largement subventionnés n’incite pas les propriétaires à exploiter leurs ressources. Les coûts d’exploitation augmentent d’année en année, les taxes de transport en Suisse pénalisent même les petits déplacements alors que les grandes distances à l’étranger ne sont pas pénalisées.

Le bois, un champion toute catégorie !

Il est aujourd’hui reconnu qu’une construction en bois présente un bilan d’émissions de gaz à effet de serre et d’énergie grise largement inférieures à celles liées à l’utilisation du béton armé ou de l’acier. A ce titre, nous présenterons ici deux exemples d’utilisation de ce matériau.
Premier exemple : une dalle en bois d’un immeuble de logement ne libère, selon la méthode constructive choisie, que 33 à 40 kg/m2 de gaz à effet de serre contre 76 kg/m2 pour une dalle en béton armé (2). Il est à relever que l’évolution de l’énergie grise présente une courbe qui suit celle de la production de gaz à effet de serre.

Deuxième exemple : un revêtement de façade en bois de type bardage ne libère que 7 kg/m2 de gaz à effet de serre, alors qu’une façade crépie en présente à peu près le double et une façade en béton préfabriqué 24 kg/m2.

A quand l’étiquette énergie grise / CO2 pour les constructions ?

Sachant que pour un petit immeuble d’habitation l’énergie grise totale s’élève facilement à plusieurs centaines de tonnes, il paraît donc indispensable de réduire partout où cela est possible l’émission de ces gaz. Nous suggérons à ce stade la création d’une étiquette énergétique pour l’émission des gaz à effet de serre des bâtiments en construction. Les méthodes de calcul existent et sont à disposition des planificateurs (3). Elles intègrent le cycle de vie entier des matériaux, depuis leur extraction jusqu’à leur élimination.

Il faut également relever que le bois, tel qu’il est exploité en Suisse, constitue une ressource entièrement renouvelable. Cela signifie que le matériau est produit naturellement en continu dans nos forêts. De plus, lorsque l’arbre croît, il fixe du CO2 et libère de l’oxygène que nous respirons. Le bois ne libèrera son CO2 que lorsqu’il sera éliminé, par exemple quand il sera utilisé comme ressource énergétique. Ce matériau dont le temps de pousse s’évalue à l’échelle d’une génération (30 ans) constitue donc un puits de carbone puisque le CO2 peut y être stocké indéfiniment. Précisons que lorsque l’on construit en acier et en béton on « puise » dans le stock fossile qui a nécessité des millions d’années de constitution (du plancton au pétrole) et que celui-ci est rejeté avant même la construction. Il vaut la peine de rappeler également qu’un mètre cube de bois stocke l’équivalent d’une tonne de CO2.

Ne serait-il donc pas judicieux d’investir une partie de la taxe carbone dans le soutien à l’exploitation des forêts suisses ?

L’une des manières les plus efficaces et des plus économiques aujourd’hui de fixer du carbone est de planter des arbres et d’en exploiter la matière. Cette méthode ne demande pas d’investissements démesurés, permet la création de places de travail, augmente la biodiversité et le remplacement de ressources non-renouvelables. C’est encourager le cycle vertueux de la filière du bois et diminuer notre dépendance envers les ressources polluantes. En conclusion, il est heureux de constater que la construction en bois est certainement l’une des réponses aux défis environnementaux actuels !

Si, dans certaines situations, l’utilisation de béton armé est indispensable, son emploi dans de nombreuses autres applications est totalement dénué de sens. Quel avantage tirer de la réalisation d’une villa, d’éléments de façades, d’une école, d’immeubles d’habitation en béton ? La technique est aujourd’hui au point pour réaliser des bâtiments d’envergure en bois. Éluder la solution bois constitue un gaspillage de ressources que nous devons impérativement préserver pour les générations futures. C’est ainsi que nous comprenons le message des « ZADistes » merci à eux de nous encourager à avancer dans ce sens !

Lignum Vaud

Philippe Nicollier
Président

Reto Emery
Membre du comité


Références :

(1) OFEV La forêt suisse en bref
https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/themes/forets/info-specialistes/etat-et-fonctions-des-forets/la-foretsuisse-en-bref.html
Annuaire La forêt et le bois 2019, Office Fédéral de l’Environnement, 2019

(2) Lignatec, Protection du climat, efficacité énergétique et construction en bois, Lignum Zürich juin 2012

(3) L’énergie grise dans les nouveaux bâtiments. Guide pour les professionnels du bâtiment. Office Fédéral de l’Énergie OFEN, 2014

Forêt : Le bois, une ressource entièrement renouvelable !
Forêt : Le bois, une ressource entièrement renouvelable !
Eclépens : La colline du Mormont bientôt rasée par l’industrie du ciment. © André Loscher
Eclépens : La colline du Mormont bientôt rasée par l’industrie du ciment. © André Loscher
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Niquillus
Niquillus
Il y a 3 mois

Excellent article et vivement que les milieux économiques s’en inspirent !

Niquillus
Niquillus
Il y a 3 mois
Répondre à  Sophie Barenne

Fait le crier haut et fort 💪

François de Coulon
François de Coulon
Il y a 2 mois

Excellent communiqué de Presse. Enfin la filière bois se réveille. Ce n’est pas trop tot. « Mormont sans béton, je crois au bois ». Bravo à Lignum Vaud pour cette position courageuse.

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